En compilant les statistiques des années précédentes, il est possible d’avoir une projection plus ou moins correcte des performances escomptées en Suisse. On vous explique tout. 

Par Grégory Beaud

Daniel Winnik devait « tourner » à 37,12 points pour 50 matches en National League. Il en est à 37,5.

Que vont valoir Mikkel Boedker (Lugano), Cory Conacher (Lausanne) ou encore Linus Omark (Genève) dans le championnat de Suisse. On a forcément une idée bien précise de la valeur de ces individualités. Le championnat de Suisse devrait être spectaculaire grâce à ces arrivées de joueurs étrangers. Mais à quel point peut-on « prédire » leur production sous leur nouveau maillot? Comme on n’a pas de boule de cristal, tentons d’utiliser les statistiques à notre avantage.

Comment? En se penchant sur le passé pour anticiper l’avenir, bien entendu. Grâce à l’aide inestimable du fondateur de NLIceData (www.nlicedata.com), je me suis servi d’une dizaine d’années de datas. Concrètement, j’ai d’abord séparé toutes les individualités en deux catégories: défenseurs et attaquants. Puis, j’ai réparti ces joueurs en cinq championnats différents (NHL, AHL, Liiga, SHL et KHL). Les habituelles provenances des étrangers (et quelques Suisses, d’ailleurs) ayant rejoint le championnat de Suisse. Cette masse de données m’a permis de calculer la production des joueurs dans les pays mentionnés et de la comparer avec celles en Suisse. Cette équivalence m’a permis d’effectuer des projections individuelles. Par exemple, un défenseur évoluant en SHL inscrit en moyenne 0,41 point par match en Suède contre 0,52 en Suisse soit une production 1,26 fois supérieure en National League. Pour mes calculs, je me suis basé sur les trois dernières saisons des joueurs pour évaluer l’exercice suivant, à quelques exceptions que je détaillerai plus bas.

Le passé

Avant de nous amuser avec la saison 2020-2021 (en espérant qu’elle commence un jour), jetons déjà un coup d’oeil dans le rétroviseur. Comment ont performé les éléments « importés » ayant débarqué dans le championnat de Suisse ces dernières saisons en comparaison avec notre projection? Premièrement, la bonne nouvelle: sur près de 40 joueurs étudiés, la différence entre les points projetés et les points réalisés est infime. En effet, il n’y a qu’un écart de 0,45 point en moyenne. Deuxième bonne nouvelle: sur toutes les individualités, les erreurs « grossières » ne sont pas nombreuses. Un écart supérieur à +/-10 points entre la projection et la réalité est rare (5/38, 13,1%), tandis qu’un écart de plus ou moins cinq points arrive dans la majorité des cas (24/38, 63,1%).

Commençons par les grosses erreurs. Car il y en a quand même quelques unes. Selon leurs performances précédentes, Jan Kovar (Zoug), Jan Mursak (Berne), Erik Thorell (Zoug) ou encore Anssi Salmela (Bienne) devaient tous faire plus de dix points de mieux que leur production si l’on extrapole leurs résultats sur 50 matches… Point commun de trois des quatre joueurs? Ils n’ont joué qu’une seule saison en Suisse et l’échantillon n’est pas forcément représentatif. Ce d’autant plus qu’Erik Thorell a été longuement blessé durant son premier exercice. On peut ainsi largement spéculer sur une meilleure saison pour Kovar et Thorell qui sont toujours sous contrat à Zoug. A l’inverse, Kevin Clark a fait beaucoup mieux à Rapperswil que ce qui était prévu. Sa production tant en Suède qu’en KHL présageait environ 35 points pour 50 matches de National League. Ses 44 unités en 48 matches (45,52 points pour 50 matches) sont en-dessus des attentes. Attention là aussi à la taille de l’échantillon.

Les bonnes prévisions

Passons aux cas plus encourageants pour mes recherches. Les trois internationaux suisses revenus d’Amérique du Nord rentrent pile dans les clous, soit en 0 et 5 points de différence. Tanner Richard (Genève) devait faire 36,31 points pour 50 matches en Suisse. Ses résultats depuis son retour? 38 points (+1,69 point). Pareil pour Christoph Bertschy et Joel Vermin qui ont fait légèrement mieux que ce qui était prévu, comme on le voit dans le tableau ci-après.

On peut également remarquer que les prévisions concernant les défenseurs en provenance de Suède sont assez bonnes puisque Ryan Gunderson (Fribourg), Henrik Tömmernes (Genève) ou Magnus Nygren (Davos) sont correctement estimés.

Je vous laisse regarder dans le tableau ci-dessus les évalutions correctes qui ont été réalisées sur les joueurs ayant débarqué en Suisse ces dernières années. Celles qui me plaisent le plus? Daniel Winnik (Genève) et Marc Arcobello (Berne et futur Lugano). Les deux ont des parcours différents. Le premier a toujours évolué en NHL, tandis que le second a navigué entre la NHL et l’AHL. Les deux projections sont pourtant relativement justes. Il va sans dire que le rôle des uns et des autres dans leurs équipes respectives avant et après leur arrivée en Suisse ont un impact. Mais c’est là où la masse de données devient intéressante. Elle nous permet d’avoir une vision globale et non ciblée sur un seul individu.

Dans le tableau ci-dessous, je vous ai mis à disposition la quarantaine de joueurs que j’ai étudiés. On voit que Jan Kovar se fout clairement de moi, mais ça fait partie du jeu.   

Sur l’axe horizontal, les points réalisés par les joueurs en National League. Sur l’axe vertical, ce qu’ils étaient censés réalisés selon les prévisions.

Et la saison prochaine, alors?

A ce stade de l’article, vous me direz probablement que je suis bien gentil, mais que ces analyses après coup ne nous apportent pas grand-chose. Et vous auriez raison. Tout l’intérêt de se rendre compte que la méthode permet d’évaluer correctement les joueurs, c’est de pouvoir nous projeter dans l’avenir. Et cela tombe bien car nous avons une quantité de nouveaux joueurs en National League en vue du prochain exercice. Alors qui seront les futures stars du championnat? De qui ne faut-il peut-être pas trop attendre? On essaie d’en savoir plus. 

Chaque évaluation vient avec ses propres limites. C’est normal. Mais les deux meilleurs exemples sont ceux de Teemu Turunen (Davos) et Julius Nättinen (Ambri). Comme je me base sur les dernières saisons d’un joueur, cela limite la prise en compte d’un développement personnel. Ce qui est pile le cas des attaquants finlandais. Raison pour laquelle j’ai tenté de prendre en compte cet aspect en limitant l’échantillon. 

Comme lors de chaque article lié aux statistiques, je me permets de faire ce rappel important. On ne parle pas d’une vérité absolue. Les chiffres que vous lirez plus tard ne sont que des projections calculées sur la base d’une moyenne. Un Jan Kovar à 20 points de sa projection peut toujours arriver et arrivera probablement encore. Et ne venez pas me dire que vous avez pris un joueur à HockeyManager par ma faute non plus 😉

Les quatre Lausannois

Pour cet article, le Lausanne HC est probablement le club le plus intéressant au moment de la rédaction. Avec quatre nouveaux étrangers, les attentes seront grandes. Si les noms de Cory Conacher et Brian Gibbons sont d’ores et déjà connus, on peut aisément spéculer (comme l’a annoncé mon collègue Jérôme Reynard sur 24 Heures) que Dale Weise et Mark Barberio seront les importés No 4 et 5. Sans surprise, c’est Cory Conacher, avec un total de 48,33 points (les totaux sont systématiquement extrapolés sur 50 matches), qui donne les meilleures garanties de succès à la Vaudoise aréna.

En défense, Mark Barberio n’est clairement pas en reste puisqu’il est prédestiné à tourner aux alentours de 33,60 points, Cela aurait tout simplement fait de lui le quatrième meilleur compteur de la saison dernière parmi les défenseurs derrière Maxim Noreau (Zurich/39), Dominik Egli (Rapperswil/36) et Ryan Gunderson (Fribourg/35). Brian Gibbons (31,76 points) et Dale Weise (22,82 points) sont les derniers membres de la brigade offensive et auront probablement une importance offensive moindre si l’on en croit leur production offensive des dernières saisons.

Linus Omark et le précédent Jan Kovar

On parlait précédemment des erreurs majeures et principalement celle concernant Jan Kovar. Cela représente un petit avertissement au moment d’évaluer Linus Omark. Les deux joueurs ont des statistiques comparables en KHL et débarquent en Suisse avec des prévisions également similaires. Là où Kovar était censé réaliser une saison aux alentours des 61 points, Linus Omark est même censé faire mieux avec Genève-Servette avec 65,88 points! Pour ceux qui écoutent nos podcasts, il est vrai que l’engouement autour de la venue du fantastique suédois est immense. Pour mémoire, lorsqu’il avait passé une saison complète en Suisse, Omark avait terminé à 69 points en 48 matches, ce qui nous donne un stratosphérique 71,87 points pour 50 matches. Et si ces 65,88 points n’étaient, finalement, pas si loin de la réalité?

A 30 ans et avec plus de 700 matches de NHL, Mikkel Bodker est également un sacré coup sur le marché des transferts pour le HC Lugano. En se basant sur ses dernières saisons, le Danois devrait flirter avec le total de Cory Conacher du côté de Lausanne. Les deux hommes, bien qu’ayant des parcours un peu différents ces dernières saisons, sont destinés à un parcours semblable. Selon ma projection, le nouveau joueur de Lugano tournera à 49,06 points lors de la saison à venir.

Andrighetto, Malgin & Cie

S’il est un joueur attendu, c’est bien Sven Andrighetto. Le Zurichois débarque avec un statut à assumer. Celui de renfort majeur et coûteux du côté des Zurich Lions. Mais qu’attendre de lui d’un point de vue de la production statistique? Vaut-il vraiment toute l’attente qu’il y a eu autour de lui? A en croire ses dernières saisons, le doute est permis. Avec une production estimée à 34,51 points, cela le place dans le Top 10 des joueurs suisses lors de la dernière saison bien loin d’un Pius Suter (53 points). A l’inverse d’un Jan Kovar ou d’un Linus Omark, je pense que ce total est un peu bas pour lui, surtout s’il remplace Pius Suter poste pour poste.

Denis Malgin n’a signé nulle part, mais il sera à n’en pas douter le sujet de bien des spéculations ces prochains temps. Surtout avec le début de saison retardé. Celui qui dispute actuellement les play-off de NHL avec les Toronto Maple Leafs est prédestiné à une meilleure saison que Sven Andighetto s’il venait à signer en Suisse. En effet, il est censé tourner aux alentours des 38,67 points en 50 matches de National League. Va-t-il gagner plus d’argent que son compatriote? Pas sûr. La menace d’un départ en NHL est aussi plus grande, ce qui pourrait justifier une certaine frilosité de la part des directeurs sportifs. 

Comme dit précédemment, Teemu Turunen à Davos est un cas particulier. A 25 ans, il a poursuivi son développement lors des premières saisons que j’aurais dû prendre en compte. En me basant uniquement sur ses deux dernières saisons en Finlande  (100 matches, 105 points), j’arrive à un total d’environ 54 points en 50 matches, ce qui devrait faire de lui l’une des principales attractions lors du prochain exercice. Le cas de Julius Nättinen (Ambri) est encore plus difficile à analyser puisqu’il n’a que 23 ans et donc se trouve encore en plein développement. Pour lui, j’ai décidé de prendre en compte les deux dernières saisons en donnant plus de valeur (2/3, 1/3) à 2019-2020 afin de tenter d’avoir une estimation représentative. De ce fait, on arrive à une production offensive de 47 points pour 50 matches de National League. J’ai conscience des limites de ces deux derniers cas et du risque d’erreur majeur. Mais je trouvais intéressant de les mettre en lumière. Parmi les autres joueurs censés débarquer en National League cette saison on peut noter Ted Brithen (Berne) et Steve Moses (Rapperswil) à 42 points. 

Et comme dit précédemment, les statistiques en sont qu’une partie de la vérité. Il ne reste plus qu’à espérer un début du championnat afin de se confronter à la réalité de la glace… Et, le cas échéant, à affiner le modèle qui a mené à ces esimations.