Chaque année, on panique au moment de composer notre équipe. Alors cette année, on s’est dit que demander conseil à un ancien vainqueur était une bonne idée. Miguel Piccand nous fait le plaisir de nous révéler certaines clés de son succès.

Enzo Corvi va-t-il faire rêver la rédaction de Cold Facts cette saison?

Par Miguel Piccand

Hockeymanager.ch : Une passion qui nous réunit tous 

C’est d’un point de vue personnel peut-être la période la plus excitante de l’année, hormis les play-off. Mais ces quelques semaines d’avant-saison représentent aussi de longues journées d’incertitudes. Comment vais-je être performant cette saison à hockeymanager.ch?

Les feuilles de match? Avec les smartphones, n’importe qui peut y accéder en tout temps. Les statistiques? Elles sont également à la portée de tous les intéressés. La tactique à utiliser? Vous avez certainement déjà écouté les conseils du fils de l’ancien collègue de votre voisine qui avait réussi une fois à se classer parmi les 200 premières équipes du jeu, non? Hockeymanager.ch, c’est aussi le jeu où tout le monde pense tout savoir, mais où en finalité le classement est impitoyable et récompense souvent les mêmes managers. Toutes les théories peuvent être faites et cette phrase va paraître relativement basique, mais c’est – presque – toujours les plus passionnés, ceux qui ont le mieux canalisé leurs émotions, suivi et géré leur formation – tout en s’appuyant sur un poil de chance -, qui remportent une ligue lambda.

Des réflexions en plusieurs phases
On m’a quelques fois demandé comment je me préparais à une saison hockeymanager…
Mode d’emploi: tout débute pendant l’été, sur une chaise longue en Grèce, en Italie, à Chypre ou en Espagne, où j’apprécie me changer les idées souvent après la lecture d’une revue « Science & Vie ». Une feuille blanche arrachée et je commence ma saison en y inscrivant les noms d’une vingtaine d’éléments qui, quelques mois auparavant, à la fin des séries éliminatoires, n’avaient pas connu une saison extraordinaire et ont fini sous-cotés par rapport à leur valeur habituelle. Plusieurs exemples cette année: Fredrik Pettersson qui était fantomatique de décembre à mars avec Zurich, Julien Sprunger (FR Gottéron) qui n’avait inscrit aucune réussite lors des 12 dernières rencontres de saison régulière, Marc Wieser qui doit se relancer en même temps que son compère habituel Perttu Lindgren (HC Davos), ou encore Luca Fazzini qui était sous-utilisé par Greg Ireland à Lugano. Je dessine donc certains contours de ma formation environ 2 mois avant le début officiel de la compétition.

La 2e phase est sans doute la plus confortable… Le site s’actualise et les valeurs des joueurs sont – enfin – disponibles. La construction de l’équipe est relativement rapide en reprenant plusieurs éléments que je juge sous-cotés et je suis en général durant cette période assez rapidement satisfait de ma formation. Puis arrive le temps des rencontres amicales et c’est là que les grands débats commencent. Je m’entête à connaître les ailiers de tous les centres des quatre lignes de chacune des douze formations de National League. Non pas pour faire le «Monsieur je sais tout» lors de mes directs à la télévision ou avec la radio cantonale, mais réellement par nécessité afin d’être au courant des moindres changements qui pourraient affecter positivement ou négativement ma formation virtuelle.

Vous aurez peut-être d’ailleurs remarqué que lors des derniers matchs (ceux de la Coupe), Fazzini a été pour la première fois aligné aux côtés du Canadien Ryan Spooner… Le numéro 17 luganais qui semblait plutôt paré pour débuter la saison avec son ancien compère Linus Klasen (du moins jusqu’à mercredi midi). Même histoire avec Pius Suter (ZSC Lions) qui a changé presqu’à chaque match de préparation de partenaires de lignes. On parle de Lugano et de Zurich, mais on peut aussi mentionner Erik Thorell de l’EV Zoug qui, après de très solides prestations en CHL (quelle intensité de patinage!), n’a pas été aligné par Dan Tangnes… Cela doit d’ailleurs effrayer approximativement 60% des managers du jeu, qui l’ont (l’avaient ?) dans leur formation à un prix assez abordable de 11.5.

Des valeurs sûres et des espoirs
Je tente dans la mesure du possible de créer au début de la saison deux lignes (quatre défenseurs et six attaquants) dites fortes, composées de valeurs sûres de la ligue, afin de maximiser le nombre de bonus de ligne récoltés. Les deux autres sont quant à elles formées avec une majorité de joueurs de très faible valeur qui vont justement augmenter. Cette saison, vous vous questionnez certainement sur des joueurs «pas chers» tels que Simon Le Coultre (Genève-Servette), Yannick Zehnder (EV Zoug), Julian Schmutz (SC Langnau), Dominik Egli ou Kay Schweri (Rapperswil-Jona) … Valent-ils le «coup»? Il m’est presque impossible de répondre à cette question car il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Dans mon système, ces joueurs sont admissibles en 3e ligne mais pas en 2e et il est donc nécessaire d’avoir déjà 6 bons attaquants et 4 défenseurs productifs avant d’investir 2.5 pour recruter un Dominik Egli, qui sera là pour «dépanner» occasionnellement lorsque d’autres seront en soirée de repos. Un autre facteur à ne pas sous-estimer est le manque à gagner que ces « plombiers » (n’y voyez là aucune offense) du 3e bloc vont provoquer sur votre budget total. En effet, en continuant avec l’exemple Egli, sa valeur individuelle va certainement monter de 2.5 à 4.5-5.5 à un moment Y de la saison, mais en revanche vous n’aurez pas engagé – à sa place – le défenseur à 1 qui sera grimpé jusqu’à 4 juste en étant aligné quelques fois avec son club lors de bonnes soirées défensives. Au décompte final, fin novembre, Egli vous aura peut-être fait remporter un bonus défensif supplémentaire de 30 points, mais il n’aura pas gagné plus de valeur qu’un autre élément moins coté. Vous aurez aussi eu 1.5 de budget en moins (2.5 – 1) pour établir votre line-up de départ.

Toujours concernant l’alignement de base, je ne suis pas certain que cela soit réellement la meilleure des tactiques en début de championnat, mais j’ai eu durant les dernières saisons beaucoup de succès en alignant dans la même ligne des duos de joueurs accompagnés d’un attaquant très productif, ou alors en plaçant les trois attaquants d’une même triplette ensemble. Il est possible de trouver des duos voire des trios à un prix accessible avec les valeurs de cette saison, mais il y en a tout de suite beaucoup moins lorsque l’on écarte les formations qui pourraient se retrouver en play-out (les points de ces derniers ne comptent alors plus), les étrangers qui pourraient être certains soirs en tribunes (qui a parlé de l’EV Zoug?), les candidats à l’infirmerie et les joueurs jugés trop onéreux avec un budget si restrictif.

C’est quoi la tactique dite «juste»?
Mais alors, c’est quoi au fait la bonne tactique pour gagner ? Outre l’équipe de base, tout dépend déjà des objectifs que l’on se fixe. Personnellement, j’aime être bon en saison régulière, parfois en délaissant un peu mes chances pour les séries. Mais cela n’était pas le cas l’an passé, où j’ai remporté toutes les saisons régulières et toutes les finales de play-off des ligues auxquelles j’ai participé, notamment celles du magazine Top Hockey (250 managers) et du quotidien La Liberté (300). Cela ne risque pas d’arriver encore très souvent, et cela me peine un peu car je vais – presque avec certitude – être déçu en fin de saison en comparant les résultats avec 2018/19.

Une des clés de ce jeu, c’est d’éviter les transferts que je décris comme «inutiles». Transférer un lundi soir juste avant le match des ZSC Lions Simon Bodenmann, dans la conviction que Zurich va aller en finale et par peur de (re)passer une soirée pénible et de prendre encore plus de retard sur les autres équipes de votre ligue d’entreprise. Un autre paramètre assez critique est d’éviter les joueurs régulièrement blessés. En général, mes Blackhawks (mon nom d’équipe année après année) commencent à se montrer menaçants durant le mois de novembre, après plusieurs transferts que j’estime bien réfléchis. Voilà pour les grandes lignes de mon système de fonctionnement. Le plaisir avant tout comme on dit, sans oublier qu’un peu de chance par-ci par-là n’a jamais fait de mal à personne. Une autre chose que je sais, c’est que tout «règne» s’estompe un jour ou l’autre et j’espère que mon heure n’a pas – déjà – sonné.

Pour terminer ce premier article du tout nouveau site de cold-facts.ch, je tiens à remercier Grégory pour sa proposition de participer durant cette saison à quelques épisodes de Cold Facts (notamment certains de la fameuse «Capsule hockeymanager»). Je lui souhaite ainsi qu’à Jean-Frédéric la meilleure des évolutions possibles pour ce superbe projet qu’ils ont mis en place à partir de pas grand-chose.

Miguel Piccand est un Fribourgeois de 27 ans qui a remporté le jeu hockeymanager.ch en 2017, a terminé 15e en 2018 et enfin au 3e rang en 2019, à chaque fois face à environ 10000 concurrents. Ingénieur-chimiste de formation et travaillant à plein temps dans le monde scientifique, il se plonge dans le hockey sur glace par plaisir et sur son temps libre. Sa passion lui a permis d’acquérir des connaissances qui ont trouvé grâce aux yeux de plusieurs médias reconnus, tels que le magazine Top Hockey (papiers de NL et NHL), Radio Fribourg (rôle de consultant pour les rencontres de FR Gottéron) et Teleclub (commentaire de parties NHL, CHL, Coupe de Suisse et Championnat du Monde). Il a par ailleurs défini pour hockeymanager.ch toutes les valeurs des joueurs pour cette nouvelle saison.